J’avais plusieurs titres en tête pour ce post : « Catastrophe », « Highway to hell », « Enfer », « Dévasté »…
Enfin… Voilà le récit.
Nous avons établi notre camp de base (4 600 m) au Mururata (5 871 m) mardi en début d’après-midi. La route pour atteindre l’emplacement ne devrait pas s’appeler « route ». Il a fallu débarquer du véhicule à quelques reprises pour vérifier si tout passait et aussi pour enlever des rochers qui nous auraient empêchées de passer. Bien que ce soit la pire route que j’ai emprunté dans ma vie, tout ça se faisait dans la bonne humeur et l’aventure était au bout de cette… route.
Après un léger gouté au camp de base. Osvaldo et moi sommes partis reconnaître le terrain qui mène au glacier. Ça prend environ 2 h du camp de base au glacier dont 1 h passé en escalade de roche. Au début, il faut attaquer un terrain très incliné de terre sablonneuse et de rochers qui roulent sous nos bottes suivi d’une faille d’escalade de roche qui relègue Huntington Trail (Mont-Washington) au jeu d’enfant. Cette partie prend environ 1 h à passer. Il était important de se mettre des repères – où mettre nos mains, où mettre nos pieds – parce que nous allions répéter tout çà la nuit suivante à la lumière de nos lampes frontales et avec nos bottes de haute montagne. Suit par la suite un terrain de roches plus ou moins accidenté pour finalement atteindre le glacier.
Au retour nous avons soupé. Maria nous avait préparé une bonne soupe suivie d’un plat de truite. Maria nous traite toujours très bien.
Dans la nuit de mardi à mercredi, nous nous sommes levé vers 2 h, avons préparé nos équipements et avons déjeuné (pain doré et oeufs brouillés) pour nous mettre en branle à 3 h 30. La partie d’escalade de roche s’est bien déroulée. Nous étions attachés à ce moment pour plus de sécurité. Nous avons atteint le glacier en 2 h 30. Je n’étais pas très rapide, mais c’est comme çà. Je m’attendais à une longue marche sur le glacier (et c’en fut une) sur une longue pente régulière. Les photos sont parfois trompeuses. Il y a des pentes plus prononcées suivi de faux-plats, mais pour atteindre le sommet nous devons marcher toujours en diagonale dans une pente d'une bonne inclinaison. Ce qui veut dire que mon pied droit se trouve toujours en aval de la pente (vers le bas) et que mon pied gauche en amont et ce sur sept kilomètres. Nonobstant le fait que je n’étais pas très rapide je commençai à développer une douleur au pied droit au niveau de l’os le plus long du côté extérieur du pied (5e métatarsien), ce qui eu pour effet de me ralentir encore un peu plus. L’atteinte du sommet fut des plus pénibles; j’aurais voulu rebrousser chemin, mais je voulais l’atteindre. Tout était lourd et douloureux. Jamais je n’avais ressenti cette sensation, ce vide. Le sommet fut atteint à 12 h 20. Non ce n’est pas un record, sauf peut-être de lenteur. Au sommet nous avons pris les photos d’usage et nous avons bu.
L'Illimani derrière moi était dans les nuages. Était-ce un signe ?
Nous avons entrepris la descente. J’étais épuisé et la douleur n’aidait en rien. Vous aurez peut-être compris qu’à la descente c’est mon pied gauche qui se retrouva en aval et le droit en amont. Si le pied droit se retrouva quelque peu soulagé par moment, le gauche fini par développer la même douleur – mes bottes y sont sûrement pour quelque chose – et la descente s’avéra tout aussi douloureuse que la montée. Épuisé, nous nous sommes assis sur le glacier, j’ai bien tenté de prendre une bouché de mon sandwich, mais je n’ai pas été capable de manger, je me suis toutefois, tout au long du périple, bien hydraté. Je n’ai pas pu bénéficier du plaisir de redescendre et de retrouver les altitudes plus clémentes – celles qui nous étaient hostiles il n’y a pas si longtemps – et la descente me parue prendre une éternité. À la sortie du glacier, il nous restait à parcourir le trajet d’escalade de roche et la partie de terrain incliné. Chaque pas était une torture. Nous avons finalement rejoint le camp de base à 16 h 30 après 13 h de marche.
« Estuve el peor día de mi vida, pero estaba con Osvaldo ». Ce gars là est doté d’une très grande patience doublé d’une grande gentillesse. Je recommande ce guide à quiconque voudrait faire de la montagne en Bolivie.
Vidé je n’ai pu avaler quoi que ce soit au camp de base. J’ai pu aller m’étendre dans ma tente une demi-heure. J’étais lessivé. En enlevant mes bottes qu’elle ne fût pas ma surprise de voir que mes deux pieds avaient une bosse, une enflure au niveau du 5e métatarsien. J’avais beaucoup de difficulté à marcher. Cette douleur en cachait une autre que je découvris la nuit dernière en allant à la toilette; mon tendon d’Achille gauche a une bosse à la hauteur de la cheville et, ce matin, ça m’empêche de marcher. Après cette nuit à La Paz, les enflures au niveau de mes 5e métatarsiens ont diminué quelque peu, mais ça demeure très douloureux. Ce matin tout ce que j’écris ici, dans le confort de mon appartement, me semble très abstrait.
La journée d’hier fût un enfer, mais dans les jours précédents en marchand dans les rues de La Paz j’ai vu des gens qui souffrent certainement plus que moi et ce, à longueur d'année. Aujourd’hui j’évaluerai chaque problèmes, je suis déconcerté et je ne sais pas ce qui arrivera de ma saison de grimpe. Pour l'instant je pourrais dire que tout est sur la glace.
À suivre...
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Les choses se sont améliorées depuis hier. J’ai fait une marche jusqu’au centre-ville. J'y avais quelques courses à faire. Tout allait bien en me déplaçant à la vitesse d’un nouvel arrivant. Je suis arrêté dîner au El Consulado qui est l’ancien consulat du Panama. Ils ont une magnifique verrière au jardin où l’on peut s'y sustenter. J’y ai fait la rencontre d’un jeune québécois de Québec, médecin ou étudiant en médecine (??) qui faisait un stage dans un hôpital bolivien. Il venait d’arriver à La Paz et espérait peut-être aller se promener dans le coin du Huayna Potosi. Nous avons discuté de choses et d’autres.
À la Basilique San Francisco se mettait en branle une manifestation de mineurs qui, j’ai supposé, devait se diriger vers l’ambassade du Pérou. Il y a beaucoup de tension entre les mineurs de la Bolivie et le gouvernement péruvien concernant l’exploitation minière dans la région de Suches qui est situé à cheval sur la frontière de la Bolivie et du Pérou.
J’ai continué mon petit bonhomme de chemin au centre-ville, puis je suis revenu par l’Avenida 6 de Agosto que j’ai trouvé fermé à la circulation, par deux motocyclettes de police, en arrivant dans mon quartier. Bien sur, l’ambassade du Pérou est à côté sur la rue Guachalla. Je me suis promené au travers des mineurs qui manifestaient devant l’ambassade. Les forces de l’ordre étaient présentes avec leurs boucliers et leurs casques. Les manifestants allumaient des pétards qui réussissaient à faire s'exciter les systèmes d’alarmes des véhicules stationnés dans les environs… Ah la rue, il n’y a que çà de vrai. Tout le reste n’est que paresse.
Ah oui, j’ai aussi rencontré un pacénien prénommé Mario...
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Osvaldo est passé en soirée hier et on repart demain pour quatre jours. Il vient donc me chercher mardi matin à 8h30 et nous nous dirigerons vers la région des volcans. Nous dormirons en refuge dans la région du Parque Nacional Sajama. La journée de mercredi nous ferons un trek qui devrait nous amener à une lagune située à environ 5000m (llamas, alpacas et vigognes à l'horizon) et dans la nuit de jeudi, nous devrons quitter le refuge vers les 2h du matin pour se rendre en 4 X 4 au pied du glacier de l'Acotango (6056 m). Nous devrions amorcer notre ascension vers les 4h du matin. Le retour à La Paz se fera vendredi. Voilà donc le projet des prochains jours.
J’ai passé les derniers jours à prendre de longues marches en ville afin de tester mes pieds. Si je ressens une très légère douleur de chaque côté de mes pieds, mon tendon d’Achille se porte bien… jusqu’à la prochaine fois. Je ne m’en cache pas; J’ai des tendinites chroniques aux tendons d’Achilles depuis quelques années. L’an passé j’ai réussi à passer au travers de ma saison de grimpe en Bolivie sans problème.
Les fins de semaines, La Paz est un peu plus tranquille et le dimanche, comme je l’ai déjà mentionné dans un « post », il est même très agréable d’y circuler à pied. Hier j’en ai profité pour aller jusqu’au Mirador Kili Kili pour après redescendre vers la Plaza Murillo où on y retrouve le palais présidentiel, l’édifice du congrès ainsi que la cathédrale de La Paz. Je suis allé me promener dans les marchés publics autour de la Basilique. J’ai lunché à l’hôtel Rosario, au Bar Internet Jiwhaki, où j’ai mangé une Palta Rellena tout simplement délicieuse.
En sortant du Rosario, il y avait une fête organisé par un club social (style Lions) et qui m’a cloué sur place pendant un bon bout de temps. Les femmes portaient les vêtements traditionnels, les hommes étaient sur leur 36 et deux orchestres s’occupaient de l’animation en se faisant face aux deux extrémités de la fête. Trois ou quatre pièce d’un côté et ça repartait de l’autre aussitôt. C’était comme une compétition amicale. Confettis et pétards étaient de la partie et la « grosse » coulait à flot. Bref, c’était la fête au village – lien : un document de piètre qualité tournée avec ma petite caméra de poche (mon doigt a dû couvrir le micro à quelques reprises), ça donne une idée.
Je suis reparti en rentrant tranquillement à mon appartement en photographiant, comme je le faisais depuis le début de la journée, Las puertas de La Paz.
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« If anything can go wrong, it will »
Nous sommes partis, comme prévu mardi matin, en direction du Parque Nacional Sajama. Nous avons fait un arrêt dans la petite agglomération de Curahuara. Osvaldo voulait que je visite une église datant du 16e siècle. En fait elle a été achevée en 1608, les gens de Québec y verront une date significative. De plus le saint patron de la municipalité est San Juan el Bautista dont on célèbre l’anniversaire le 24 juin - tiens, tiens... Cette église construite en adobe avec un toit de chaume se découpe très bien sur le ciel bleu de l’Altiplano. En fait l’église de Curahuara est appelé la « Capilla Sixtina de Los Andes* ». Toute l’église est décorée, murs et plafonds, de fresques naïves représentant la vie biblique de l’ancien et du nouveau testament. Les portes nous faisant passer d’un espace à un autre, tel de la nef aux fonds baptismaux, nous permettent de constater comment les gens de cette époque étaient de petite taille. Je ne fus pas déçu et la guide qui nous fit visiter était très intéressante.
Après cette visite nous avons continué notre route vers le Parque Nacional Sajama, notre destination. Le « refugio » est très confortable. J’y avais ma chambre privée. Il y a aussi une source thermale où on peut se baigner. Un groupe de français qui avait tenté l’ascension du Sajama la veille y était, les vents violents en haut du camp d’altitude (5 700 m) les ayant forcés à rebrousser chemin. Les guides qui les accompagnaient étaient tous très sympathiques et j’ai eu beaucoup de plaisir à discuter avec leur cuisinier, un bolivien qui s’appelle Charlie Papa et qui a vécu à Montréal pendant onze années, soit de 1982 à 1993. Évidemment le hockey a fini par prendre sa place, la rivalité Canadiens/Nordiques et il m’expliquait que les boliviens ne le croyaient pas lorsqu’il leur expliquait que les joueurs laissaient tomber les gants pour se battre. Voilà la réputation de notre sport national – à moins que ce soit la crosse ?
Mercredi nous nous étions promis un trek pour aller marcher autour d’une lagune située à (5 000 m). Nous avons pu admirer nombres de Queñuas des arbres poussant à la plus haute altitude. Tout allait bien et nous avons décidé de pousser un peu plus haut, soit à 5 300 m dont les derniers 100 mètres sur une butte de petits cailloux que nous avons redescendue à la vitesse de l’éclaire en « surfant » dans l’éboulis. Nous avons mangé notre lunch couché dans les petits cailloux comme à la plage. Ce fut une très belle journée où nous avons bien rigolé Osvaldo et moi. Ça s’annonçait bien pour cette nuit alors que nous devions nous diriger au pied du glacier de l’Acotango (6 056 m) pour amorcer l’ascension à 4 h du matin. J’étais d’ailleurs en pleine forme. Nous sommes rentrés au refugio. Le groupe de français avaient quitté et nous nous retrouvions donc Jomina notre cuisinière, Osvaldo et moi pour la nuit qui devait s’annoncer courte puisque nous devions nous lever à 2 h du matin. Elle fut encore plus courte. Je me suis couché à 20 h pour me réveiller à 22 h 30 pris de crampes d’estomac. Je dus faire la navette entre les toilettes et mon lit à quelques reprises me soulageant par les deux bouts. À 2 h du matin lorsqu’Osvaldo et Jomina se sont levés, je suis allé les voir pour leur dire qu’ils pouvaient se recoucher et que nous tenterions le sommet de l’Acotango dans la nuit de vendredi, car nous nous étions laissé une journée de flottement. À ce moment j'espérais que mon mal passe et que je puisse compléter ma nuit. Ce ne fut pas possible parce que le restant de la nuit se déroula comme la première partie et que je n’arrivai jamais à me rendormir. J’ai dû mettre un « X » sur l’Acotango et j’ai proposé à Osvaldo de revenir à La Paz jeudi au lieu de vendredi. Le voyage de retour fût pénible…
Ce matin, après une bonne nuit de sommeil, les choses vont mieux. Ayant commencé à prendre des antibiotiques hier, je réfléchis et sous-pèse la suite de mon voyage.
*La Chapelle Sixtine des Andes
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